Les revenants part #2

Camille entourée de sa famille

Les séries télévisées font partie intégrante des médias actuellement. Rappelons que les médias les plus importants actuellement sont la presse, Internet, la télévision, l’affichage, la radio. Les séries ont envahi peu à peu chacun de ces médias, gagnant en crédibilité au sein de notre société. Il existe désormais des magazines spécialisés tels que Séries mag, séries TV . En télévision, les séries prennent la place des films en prime time et occupent une grande partie du programme avec des plages horaires importantes. Afin de mieux cerner cette légitimation, nous allons effectuer un tour d’horizon des différents médias et de leur discours sur le cas d’une série sortie dernièrement : Les revenants, diffusée justement en prime time le lundi soir sur Canal +.

 Les revenants traitées par leur propre média // CANAL + : Le spot TV des revenants

Spot publicitaire de Canal+ pour Les revenants diffusé à partir de septembre 2012 pour annoncer l’arrivée de la série sur la chaîne. D’autres spots plus courts ont suivi.

Ce spot dure 25 secondes. Il comprend onze plans. On peut y voir un écran d’annonce de la série avec en toile de fond les autres séries de la chaîne s’inscrivant en flou comme pour appuyer l’arrivée d’une nouvelle série pour les téléspectateurs. On voit en premier un plan très esthétique d’un papillon sous verre réussissant à s’échapper après avoir ressuscité. Différents personnages de la série avec un rythme qui s’accélère de plus en plus, dans une ambiance angoissante. Enfin, le plan final présente le nom de la série : il correspond à l’affiche de la série. Le fait de faire une série sur des revenants est une prise de risque : il s’agit d’un sujet déjà vu et revu mais cette fois la chaîne a pris le parti de traiter son sujet avec esthétisme, réflexion et de prendre son temps, de quoi créer un produit audiovisuel plus légitime.

Lucy

Avec ce spot, la chaîne cryptée vise à toucher ses abonnés et à leur présenter sa dernière création. Depuis deux ans, Canal + présente des séries qu’elle conçoit, crée et diffuse elle-même. Le fait de passer ce spot donne de la légitimité à la série dans le sens où celle-ci est en vitrine de la chaîne. Le message que veut ainsi faire passer Canal + est le suivant : « Chers abonnés, vous avez raison de rester fidèles à Canal +, désormais nous produisons nous-mêmes des séries de qualité pour votre confort dont la dernière est la suivante ». La chaîne parle donc de son propre programme, elle l’annonce et lui donne de la légitimité. A noter que la série est diffusée en prime time les lundis soirs et a effectué un record d’audiences de 1,4 million de personnes pour sa première diffusion, juste en-dessous du record de Borgia. Le spot a donc eu l’effet escompté et les abonnés ont suivi avec attention les destins de ces nouveaux personnages hors du commun.

La télévision dans le miroir

Le fait que la télévision parle d’elle-même n’est pas un fait nouveau. On a pu voir Virginie Spies parler de ce phénomène dans son ouvrage La télévision dans le miroir[1] et en donner les limites :

« Les chaînes du service public témoignent toujours de cette volonté de laisser le spectateur s’exprimer. On pense notamment aux émissions « Télé pour Télé contre » sur France 3. On y entend certaines critiques, certes, mais c’est une fois de plus l’occasion de se justifier, de légitimer les actes, de présenter les acteurs de cette télévision. La critique reste donc mince et le téléspectateur est une fois de plus un faire-valoir efficace pour l’institution. »

Pour Virginie Spies, la télévision tente de donner la parole aux téléspectateurs et de les laisser critiquer ses programmes. Néanmoins, cette expression reste limitée, voire même utilisée à des fins publicitaires. Il faut donc se méfier d’un programme télévisé traitant lui-même d’un autre programme. Peut-on vraiment parler de séries télévisées en télévision ?

Les revenants traitées par la radio // le mouv’ : saison 1 EPISODE 1

Emission radiophonique animée par Pierre Langlais diffusée depuis 2010 chaque samedi de 17h00 à 18h00.

>> le podcast

Cette émission traite des séries en particulier française avec différents invités et angles chaque semaine. En exemple, l’émission du 24 novembre 2012 dernier traitait de la série Les revenants, sortie le 26 novembre de cette même semaine. Il s’agit donc d’une bande annonce de la série, une promotion en amont de sa première diffusion. Le réalisateur, la productrice et deux acteurs de la série sont venus pour l’occasion se prêter au jeu de l’interview.

L'affiche de l'émission avec Pierre Langlais

Le conducteur de l’émission comprend différents moments en lien avec les séries. Après avoir fais un point sur les news de la semaine, Pierre Langlais passe à l’interview des invités. Ainsi, les personnages de la série sont passés au peigne fin. Ensuite, Pierre Langlais marque une pause musicale n’ayant pas de lien avec Les revenants. Un extrait de la série fait la transition vers la continuité de l’interview. La question du travail demandé pour créer la série est posée ainsi que de son format 3D. Pierre Langlais pose ensuite la question du fond de la série : le thème central de la mort et la façon dont elle est traitée dans la série, la comparaison est faite avec Six Feet Under, l’écriture du scénario de la série.

Fin du générique de Six Feet Under

Une annonce du Mouv’ coupe ce moment de questions puis un nouvel extrait de la série nous reconduit vers l’équipe des revenants. On passe ensuite au « Coin des auditeurs » posant leurs questions aux invités : la question des influences de la série est posée, puis celle de la musique de la série, partie prenante de son succès. Une nouvelle musique passe puis un jeu permet aux auditeurs de gagner des DVD de leurs séries préférées. Enfin, une dernière partie d’interview et une dernière musique marquent la fin de l’émission.

Camille entourée de sa famille

 Les revenants traitées par la radio // Radio Campus Avignon : 24 minutes chrono

Emission culturelle sur les séries télévisées diffusée tous les mercredis de 20h30 à 20h54.

>> Le podcast

Dans cette émission, nous avons fait du cross média et nous avons interrogé Pierre Langlais sur la légitimation des séries dans les médias. Pour lui, les séries ont toujours été légitimes mais sont devenues un sujet central de divertissement en 2000 mais cela fait trente ans qu’elles sont retenues. Lorsqu’on lui demande quelle est la relation des séries avec les médias, Pierre Langlais nous dit que les médias ne sont pas idiots : ils ont suivi la tendance des séries dont les audiences ne cessaient d’augmenter.

Le visuel de 24 minutes chrono

Il y a énormément de matière puisque les grilles de programmes sont remplies de séries. Il dit : « Le fait de parler des séries est tout à fait légitime et d’ailleurs ce sont les médias qui n’en parlent pas qui seraient plutôt illégitime maintenant ». Les séries ont une importance capitale dans la consommation française aujourd’hui. Il faut arrêter de penser que les séries sont des supports pour les grandes chaînes pour engranger des publicités et commencer à tenter de comprendre pourquoi il y a autant de personnes qui les regardent.

Simon

Dans un article, Hervé Glevarec étudie la place de la radio dans l’univers culturel des jeunes. On relève : « La nouveauté qu’introduisent les médias audiovisuels, et notamment radiophoniques auprès des jeunes est un aspect différent dont la culture alternative qu’ils induisent par rapport aux agents de socialisation culturelle traditionnels… ». Ainsi, on est en droit de se demander si les séries en radio ne forment pas cette culture alternative offerte aux jeunes dont parle Hervé Glevarec. En effet, Le Mouv’ et Radio Campus Avignon ont une cible allant de 18 à 28 ans environ, une cible jeune donc. Les auditeurs écoutent ainsi des émissions parlées et non plus des tubes commerciaux. Les séries deviennent alors légitimes dans le sens où elles sont traitées avec un recul sociologique, les émissions reçoivent des sociologues ainsi que des scénaristes et acteurs réfléchissant au bien fondé des séries, à leur fond, n’hésitant pas à ouvrir des débats d’actualité et des sujets d’ordre sociologiques comme l’homosexualité dans les séries télévisées, l’intimité dévoilées dans les séries…

Edition du 26 novembre 2012

Les revenants traitées par la presse // Télérama du 24 au 30 novembre 2012

Télérama est un magazine culturel ayant pour vocation de donner les programmes télévisés. Référence en termes de culture mais parfois critiqué pour son côté élitiste et peut-être un peu trop intellectuel.

Dans ce numéro de Télérama, la sortie de la série Les revenants est annoncée dans les pages 36, 38 et 40 avec une rencontre de l’un des auteurs et réalisateurs de la série, Fabrice Gobert. Après une remise en contexte et un synopsis de la série, on trouve une interview revenant sur le fond de la série, sa mise en place et son thème récurrent, la mort.

Adele et sa famille

Les revenants traitées par la presse // Supplément Le monde télévision 26 novembre au 2 décembre 2012.

Ce petit journal de 16 pages est disponible en supplément du journal le Monde chaque semaine. Il donne aux lecteurs le programme télévisé de la semaine ainsi que des actualités du petit écran.

Ici, on peut voir que la série Les revenants est mise à l’honneur puisqu’elle apparaît sur la une du journal. On peut trouver la photographie du personnage charismatique Viktor et la légende « les revenants » Une inquiétante et étrange série où les morts ressuscitent sur Canal+ en page 6. En effet, la page 6 est consacrée aux revenants avec une nouvelle image tirée du générique de la série et un article en pleine page. Au niveau du fond, l’article traite des dessous de la série : comment elle a été créée ? Par qui ? On apprend notamment que les personnes ayant travaillé sur la série n’en sont pas à leurs premières armes avec Fabrice Gobert, réalisateur du film Simon Werner a disparu, et Emmanuel Carrère, auteur de Je suis vivant et vous êtes mort. On voit également le groupe qui compose la musique de la série apparaître en fin d’article. On peut alors dire qu’une forme de légitimité est donnée à la série à travers les références que fait apparaître l’auteur de l’article. Le message implicite est le suivant : Pas étonnant que cette série soit légitime à regarder, elle a été pensée par des experts. La notion d’expert est donc à mettre en avant lorsque l’on parle de légitimité culturelle. En effet, qui mieux qu’un expert peut créer une série voir même donner son avis à son sujet.

Lucy

Ici, on peut dire que les séries gagnent en légitimité à travers le regard de la presse. En effet, trois pages dans Télérama et une page complète dans le supplément du monde sont des places avantageuses pour les fictions. Par extension, on peut voir aussi la presse parler de plus en plus des acteurs de série, comme ça a été le cas pour nombre d’entre eux : on voit de plus en plus les magazines afficher en couverture des stars tels que Sarah Jessica Parker du temps de Sex and the city mais aussi de Hugh Laurie de Docteur House. Ici, on peut dire qu’ils sont assimilés à leurs personnages et y gagnent en charisme. En effet, Carrie Bradshaw est devenue au fil des épisodes de Sex and the city une référence en termes de mode et Hugh Laurie et son personnage apathique s’est fait finalement aimé et reste le représentant marquant d’hommes que l’on adore détester. Leur prise de pouvoir sur les médias est une preuve de légitimité incontestable. En ce qui concerne Les revenants, Agnès Varda alias Adèle Verter dans la série est en couverture des inrocks dans la semaine de leur sortie sur le petit écran. La série y est décrite comme « La résurrection des séries françaises » ce qui discrédite les séries françaises en général mais donne toujours plus de légitimité à la nouvelle création de Canal+.

Les inrocks

Si l’on en croit Pierre Langlais, interviewé dans l’émission du 5 décembre 2012 de 24 minutes chrono, « La plupart des grands quotidiens en sont encore assez loin, ils n’en parlent que dans leurs hors série. Il est beaucoup plus rare de voir une double page sur une série plutôt que sur un ballet ou sur une pièce de théâtre, pourtant il y a beaucoup plus de monde qui reste planté devant la télévision. »

Les revenants traitées par l’affichage // Les revenants

Il s’agit de d’affiche 4/3 ou au format des abribus présentes dans de nombreuses villes en août et en septembre 2012.

Avec l’affichage, les séries gagnent un nouveau média et envahissent notre espace public. En effet, en France, Canal+ est une nouvelle fois précurseur de cette opération publicitaire. On a pu voir se succéder les affiches de Borgia, Homeland, Terra Nova et dernièrement Les revenants. L’affiche reprend le visuel classique de la série avec une déclinaison en fonction des personnages. Ici, on voit le personnage de Julie tendre la main vers Viktor. Les deux personnages sont liés dans la série mais on ne sait pas exactement comment. Le mystère est entretenu ici. On remarque que Julie est placée en haut du côté des vivants alors que Viktor sort des lymbes des eaux. L’innocence est représentée par l’ours en peluche qu’elle lui tend mais on sent une atmosphère de malaise planer, malaise que l’on retrouve bien entendu dans les épisodes.

Une des affiches en 4 par 3

Cette affiche est donc une promesse faite cette fois à la population sériphile et non plus aux seuls abonnés de Canal + : « Avec la chaîne cryptée Canal +, vous pourrez désormais regarder des séries de grande qualité dont le suspense est insoutenable ». De plus, sur ces abribus, on peut trouver lorsque les revenants ne sont pas mis en avant des affiches de film, ce qui nous remet en question la légitimité des séries télévisées par rapport au 7ème art et des publicités de parfums de marques de luxe. L’image de la série est donc améliorée avec cette affiche, qui touche un public large et rend sa légimitié toujours plus importante.

Serge

Les revenants traitées par le web // Canal +

Comme pour toutes ses séries, Canal + a mis le paquet en matière de communication web pour les revenants. Réseaux sociaux, site internet ultra interactif dans lequel on prend nos précautions à l’entrée : il nous est signalé que l’on doit être mort pour entrer dans la ville que nous visitons peu à peu comme dans google map avec ambiance peureuse et personnages qui nous alpaguent. Les téléspectateurs en prennent plein la vue.

Accueil du site

>> le site officiel

Twitter : 167 abonnés

Facebook : plus de 13800 personnes aiment.

Les revenants traitées par le web // telerama.fr

Article paru sur le site du magazine dans la rubrique séries TV (eh oui autre preuve de légitimité) le 2 décembre 2012 écrit par Pierre Langlais et comportant plus de 4000 signes, 5 images et une vidéo.

>> L’article

Dans cet article, le générique est analysé d’un point de vue sémiologique et est relaté de point du vue de sa conception avec des passages d’interview de son concepteur Batmanu. On peut parler de légitimité dans la mesure où le générique est pris ici comme une œuvre à part entière à analyser. Le côté artistique donne donc une certaine légitimité à la série.

Viktor

Les séries télévisées traitées par le web // Le parisien.fr

Article paru sur le site du journal dans la rubrique Flash actualité-culture (eh oui autre preuve de légitimité) le 19 octobre 2012 écrit par l’AFP et comportant 3000 signes et une image.

>> L’article

Cet article donne des informations d’ordre général sur la série notamment ses créateurs et les personnes qui ont travaillé dessus. Paru en octobre,

On trouve dans cet article l’information suivante : Il a fallu cinq ans et un budget de 11 millions d’euros pour développer cette série en huit épisodes. Un budget important donc, laissant penser que la légitimité de la série s’accroit avec l’augmentation de sa valeur.

C’est également ce que dit Bernard Lahire sur la légitimité culturelle. Elle remet en question la notion de valeur.

Toni

 


[1] SPIES Virginie, La télévision dans le miroir, L’Harmattan, 2004, 393p, ISBN, 2747563294

[2] GLEVAREC Hervé, La place de la radio dans l’univers culturel des jeunes, article tiré de Le(s) public(s) de la culture : politiques publiques et équipements culturels Volume II sous la direction de Olivier DOnnat et Paul Tolila, 2003, presse de Science po.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>