Easy Rider revu et corrigé par Paul Lecomte

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Date : 1969  —  Durée : 1h34 — Avec : Peter Fonda, Dennis Hopper entre autre.

Résumé : deux motards avancent chemin faisant sur de longues routes bordées de sécheresse. Un chemin semé de rencontres, d’embûches et de pétards bien roulés au coin du feu. De quoi lier une ferme amitié et passer un moment que Paul va commenter bien plus longuement que moi…

L’avis de Paul : « Easy rider » aurait pu être le nom d’un blockbuster sur-vitaminé et ultraviolent. Beaucoup moins épique mais assurément mythique, c’est avant tout le titre d’une œuvre qui a transformé Hollywood à la fin des 70’s, au même titre que Bonnie and Clyde d’Arthur Penn, et Le Lauréat de Mike Nichols.

Le premier Eastern

Tourné avec un budget dérisoire, écrit, produit, et dirigé par les deux acteurs principaux, le film rompt avec les modes de production habituels en s’inspirant de la Nouvelle Vague française. Il baigne dans le climat contestataire de l’époque et marque une rupture dans la cinématographie américaine, jusqu’alors paralysée par la censure imposée par le code Hays. Easy Rider est un Western en négatif. Wyatt (Peter Fonda) et Billy (Dennis Hopper) chevauchent leurs motos pour une traversée de l’Amérique d’Ouest en Est. On est ici très loin de la ruée vers l’or : les valeureux cow-boys sont remplacés par deux dealers qui veulent atteindre la Nouvelle Orléans au moment du Carnaval pour passer du bon temps…

Un homme est parti en vain à la recherche de l’Amérique

Si ce road movie prend à contre-pied le mythe du Western, c’est pour livrer une critique profonde de la société américaine de l’époque. Le drapeau étoilé imprimé au dos de Wyatt est une image qui a perdu toute signification. Elle sillonne les longues routes droites dans une succession de plans interminables. Chaque arrêt des deux motards est l’occasion de constater les ruines d’un rêve américain déchu. Puritanisme, racisme, violence, drogue, sexe… Easy Rider piétine un à un les tabous de l’Amérique et nous invite à méditer sur cette société malade. La communauté hippie elle-même semble totalement incapable de changer le monde, enfermée dans un espace autarcique au fin fond du désert. Perdus dans cette traversée du vide, Wyatt et Billy sont à la recherche d’une réalité qu’ils pensent pouvoir trouver au bout de leur voyage.

We blew it

Suivant le fil des rencontres et des expériences, les deux motards se retrouvent finalement sous acide dans un cimetière de la Nouvelle Orléans. Cette scène totalement déconstruite cristallise tous les problèmes posés par le film. Une succession de lumières et de plans en mouvements mélangent des prières, des cris, des corps nus. Comme si le cinéma expérimental était le dernier recours pour mettre en image un monde de non-sens. « We blew it », le sourire de Billy s’efface lorsque Wyatt se résigne à constater l’échec de leur rêve de liberté. Un aveu d’impuissance face à un monde désenchanté qu’ils sont incapables de changer. Les deux protagonistes sont alors condamnés à errer vers une réalité qui prendra forme dans l’explosion finale, seule issue possible de cette quête d’une jouissance absolue.

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