Un petit extrait du Gai Savoir

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Allô maman bobo

Avertissement : cet article contient beaucoup de clichés et d’images qui peuvent choquer la sensibilité des plus grands adeptes du premier degré. A lire donc avec une distance minimale de 21 centimètres.

Bobo(n. m. ou adj. qual.) : Le terme bobo, contraction de bourgeois-bohème, est une traduction de l’anglais bourgeois bohemian, et vient du livre de David Brooks Bobos in Paradise publié en 2000. Il est fréquemment utilisé en Europe francophone depuis le début du XXIe siècle à des fins sociologiques ou d’analyse culturelle ou politique. Autour des années 1960, une nouvelle forme de bourgeoisie voit le jour, issue du secteur tertiaire. Loin de la figure de l’austère bourgeois, celui-ci est « créatif » et « bohème », et s’il cherche toujours une justification morale, celle-ci est désormais teintée d’écologisme ou de citoyennisme. Il se veut alternatif, mais son idéologie est en accord avec les mutations du capitalisme et correspond au modèle du néo-libéralisme, dans lequel la propriété n’est plus une valeur fondamentale. En parallèle avec la disparition du lien social, qui ne correspond plus au nouveau modèle bourgeois, la société libérale a alors tendance à se tribaliser. La bourgeoisie essaye de faire croire à sa disparition derrière sa nouvelle allure.  Ce terme est assez flou. Il a pris cependant en France une valeur plutôt péjorative, désignant un type de conformisme : des personnes aisées, parisiennes et parisianistes, bien pensantes, de sympathies allant plutôt à la gauche écologiste, ayant de l’affection pour la figure du révolté (Che Guevara, mai 68…). Le terme s’éloigne fortement de son sens originel aux États-Unis et on peut affirmer qu’il s’est complètement réinventé en France. Le terme bobo est apparu pour la première fois en France dans le Courrier international du 15 juin 2000.

Wikipedia, dans sa définition du bobo, emploie grandes phrases, références, termes politiques précis et complexes. A l’évidence, quand on veut expliquer le mot, on s’empêtre dans des généralités. Pas question de généraliser ! Parlons des bobos, ici, sur Arles, d’après notre perception et notre expérience. A Arles, le concept de bobo est progressivement apparu dans toutes les bouches pour rentrer dans le langage usuel. Le 8 juin 2009, au lendemain des dernières élections européennes, La Provence qualifie, avec des guillemets, l’électorat de la Roquette de ‘‘bobo’’. Europe Ecologie séduisait alors 40% des votants du quartier. Depuis les années 2000, on a assisté à une installation progressive des bobos dans le quartier de la Roquette, installation qui a contribué à l’augmentation du prix de l’immobilier. On se souvient durant l’été 2008, de l’analyse d’Ali : « en 6 ans , l’immobilier a pris 45% de valeur. ». Les bobos, comme tous les Arlésiens, ont un impact sur l’environnement. Financier, mais aussi sur le développement de la sphère associative et culturelle. Bref, au delà du mot, les bobos sont là et leur influence n’est plus à démontrer.

« Qui sont-ils ? »

On pourrait résumer le bourgeois-bohème à cette simple phrase : un homme honteux de son argent, « le cul entre deux chaises ». Le bobo est généralement aisé et a de l’argent à mettre dans les voitures hybrides et la nourriture chère. Le bobo ne veut pas être de droite et dévorer les enfants, après avoir copieusement bu leur sang encore frais, comme le font tous les gens de droite… Non, le bobo est de gauche. Il aimerait sauver le monde, comme Nicolas Hulot ou José Bové, accomplir des gestes humanitaires, boucher le trou de la couche d’ozone, arrêter la déforestation, empêcher Christophe Maé de chanter, aider son prochain, lui tendre la main (mais avec des gants). Bref, avoir bonne conscience.

Le bobo milite, mais pas totalement. Il a une manière bien particulière de participer à la vie associative. Le bobo ne va pas à toutes les réunions. Juste celles où vont ses amis bobos, qu’il peut ainsi retrouver. Les colloques sont ses sorties du dimanche, et le bobo moyen affiche un autocollant de Greenpeace © devant chez lui et fait, de temps en temps, un petit geste.

Un esprit saint dans un corps sain

Le bobo a un idéal : manger bio et commerce équitable. Les plus aisés y parviennent. Ils ont le produit Bio, avec le label qui permet de s’estimer. Ils font une véritable collection de ces produits, et trouvent le Bio là où on le croirait impossible : caleçon, pain de mie qui sèche en deux heures, allumes feux en vraie résine équitable… Il a une peur sans bornes des pesticides et désapprouve l’installation de Monsanto à Saint Andiol et affectionne particulièrement le quinoa et les graines germées. Il achète aussi des produits diététiques, afin de garder la forme, ce qui lui permet d’être présentable devant ses amis bobos. Car le bobo fonctionne aussi dans le paraître. Il se lève le samedi matin pour faire son marché et met ses vêtements en coton équitable. Des vêtements à la fois mode, décontract’, baba et old fashionned. Il marche lentement. Il a le temps. Il sourit derrière ses magnifiques lunettes de soleil tandis que le vent frais fait à peine claquer le pli de son pantalon large. Le bobo fait parfois son marché à vélo, parce que c’est écolo et que la voiture, c’est mal. Il vient avec ses enfants pour bien les élever dans les bons principes : partager leur goûter à l’école, ne pas tenir rancune aux gens, être tolérants envers les non bobos…

Le bobo, un animal social

Le bobo connaît tout le monde. Il aime les gens autant qu’il aime la vie. Il aime manger avec ses amis bobos, partager des grillades ou des repas de quartier. Il aime aussi les non bobos. Mais de loin. Le bobo fréquente majoritairement les autres bobos. Ils se retrouvent toujours dans les vernissages, aux terrasses les plus ‘’m’as tu vu’’ du milieu, au théâtre municipal d’Arles… Le bobo se veut tolérant, il aime tout le monde, il a une idée du monde magnifique et idéaliste. Il aime faire des voyages initiatiques, surtout en Asie et en Afrique. Il a des valeurs, ses enfants l’aiment, la famille est épanouie, tout se passe bien avec sa femme. Le bobo n’en veut à personne parce qu’il sait qu’il est gentil. Il ira au paradis quand il mourra… Il est libéré et goûte même un petit joint de temps en temps.

Etre bobo : une profession ?

Certains bobos travaillent dans le culturel, et sont souvent dans une structure associative. Ils sont appelés ‘’culturels créatifs’’ terme apparu à la fin des années 90. Adepte d’Apple et de la suite Adobe, le bobo maîtrise tous les outils créatifs, organise les expositions, invente des concepts artistiques, construit des installations. Mais attention, même s’il est plein de bonnes intentions, les travers existent. Réunionite, masturbation intellectuelle, installation artistique dénuée de sens. Il peut même considérer l’art comme un moyen et non comme une fin.

A l’intérieur du bobo

Chez lui, il affectionne une déco de pseudo artiste et possède un écran plat. D’accord, c’est capitaliste, mais il faut l’excuser, il a besoin de regarder correctement les émissions d’Arte.
Ayant éliminé TF1, et libéré les cases destinées à Coca Cola, il peut à loisir regarder également toutes les autres chaînes. Mais la radio reste néanmoins un de ses médias préférés (France Musique pour les mélomanes endurcis, Culture pour les courageux, et l’indétrônable France Inter. Il trie les déchets dans deux poubelles différentes et recycle le verre. Mais il ne sait toujours pas où mettre les bouchons… Il est abonné à Télérama et au Nouvel Observateur, mais il achète, de temps en temps, le Canard Enchaîné. Il se soigne à l’homéopathie, boit des tisanes et du thé. Le bobo écoute des musiques de bobo. Des musiques de jeunes, qui bougent, mais aussi des choses plus calmes qui lui permettent de siroter son thé Gen Mai Cha (n’essayez pas de le prononcer si vous n’êtes pas bobo) avec ses amis en toute sérénité.

  photo © Nina Veyrier

Ils font de mal à personne

Mais, « laissez les tranquilles les bobos, ils font de mal à personne», Gilles, le boulanger philosophe du marché paysan critique notre démarche avec justesse. Il faut reconnaître des qualités au bobo : il veut bien faire. Certes, il fait beaucoup de choses pour sa conscience, presque pour excuser le fait qu’il ait de l’argent, mais il les fait quand même. Le bobo déteste l’injustice, la pauvreté, les catastrophes. Il est fier d’être français, ‘‘proud to be french’’. Il refusera toujours d’admettre qu’il est bobo. Le bobo est contagieux. Et le Gai Savoir est contaminé. Malgré nous, les origines sociales des membres de l’équipe en sont marquées. Le bobo se transmet, et, à moins d’être pauvres, ses enfants seront sans doute bobos plus tard. Le mode de vie bobo traverse même les frontières des existences sociales. Il devient même un idéal à atteindre, un objectif de vie : ‘‘se permettre de vivre du fruit de son cerveau’’.

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