La presse rend-elle con ?

Vanity Fair_Portfolio 2011_Helena Bonham Carter

Méprisée même par certains journalistes, la presse people fait pourtant partie de notre culture contemporaine. Voici trois choses que nous faisons dans le but de paraître plus désirables :

  •      Ne pas poster de statut Facebook un samedi soir.
  •      Ne pas décrocher le téléphone avant la 3e sonnerie.
  •      Ne pas avouer lire la presse people comme toute personne sensée

Une presse méprisée

Le mot « tabloïd » est considéré communément comme une insulte, jusque dans le milieu de la presse. Que le téléspectateur moyen se dise que le journaliste people n’est pas un journaliste, passe encore, puisqu’il ne s’agit pas de sa spécialité, mais qu’un professionnel adoube cette idée, ça donne envie de se flinguer la rate. La presse people rend-elle à ce point con, pour qu’elle soit aussi méprisable ? 

Restons calmes. Avant toute chose, faut voir à distinguer bon et mauvais tabloïd. Les magazines people et les torche-culs. Différencier le vrai journalisme de la serpillère à ragots, en somme. Contrairement à ce que veut la croyance populaire, le journalisme people n’est pas une aberration : dès lors que le journaliste vérifie ses informations, contacte ses sources, se renseigne et connaît son sujet, Voici fait le même travail que L’Express.

Alors traiter du people, est-ce être dénué de qualités d’écriture et de valeurs morales ? Simon Liberati, par exemple, vient de publier un livre racontant le décès et les frasques de Jayne Mansfield, et si personne à ma connaissance ne l’a qualifié comme tel, il s’agit pourtant bien d’une biographie people – et ce même s’il a été écrit 44 ans après la mort de l’icône blonde. Est-ce qu’il est moralement plus acceptable de parler des pulsions sexuelles des DSK et autres Berlusconi que des adoptions de Brangelina et autres Madonna ? Je n’en ai sincèrement aucune idée.

Est-ce vraiment superficiel ?

Ce que je sais en revanche, c’est que la mauvaise presse people, celle qui s’amuse à monter des histoires de toutes pièces (« Mariah Carey a un anus artificiel », « David Beckham demande le divorce pour vivre avec un homme ») en fouinant sur Google images pour illustrer le tout, cette presse là fait du mal à l’ensemble de la profession. Pour sûr, c’est de l’argent facile, mais si je veux voir des âneries tirées de l’imaginaire d’un tordu diarrhéique, j’ai Internet pour ça.

Loin de moi l’idée de balancer des noms, mais pour savoir si le canard que vous tenez entre les mains au Relay de l’aéroport est issu de la bonne ou de la mauvaise presse people, un indice : la mauvaise presse people a tendance a toujours inclure en couverture cette désastreuse photo d’Angelina Jolie, où, la tête basculée en arrière et le maquillage dégoulinant, elle semble avoir une pomme d’Adam.

Alors bien sûr, le fond du problème, le sujet à polémique, c’est : n’est-ce pas complètement superficiel, vulgaire et bas du front que de s’intéresser aux people ? Ne faut-il pas avoir un QI de mouette consanguine pour lire ce « genre de choses » ? Rappelons que Voici a tiré près de 600 000 exemplaires par mois en 2010, Closer 655 000, Oops ! pas loin de 390 000, et Public 632 000 pour la même année. Autant dire que ça fait un sacré paquet de cons. J’en vois certains penser « ben oui ça, des cons, y’en a ! », et je ne peux qu’ajouter qu’on paye aussi beaucoup d’impôts.

S’adonner à la lecture people, c’est comme picoler tout seul chez soi : un plaisir inavouable. L’élite anti-tabloïds seront les premiers à balancer quelques lapalissades type « n’y a-t-il pas des affaires plus importantes dans le monde ? », et mieux vaut les ignorer. Car grands Dieux, évidemment que la révolution libyenne, la crise financière et les maladies vénériennes sont plus graves que la cellulite de Kate Moss ! Mais l’un ne se fait pas au détriment de l’autre.

Ce n’est pas parce qu’on se gondole devant les cheveux de Mickey Rourke qu’on ne se préoccupe pas du désastre en Syrie. La première information est divertissante, prône l’humour ;  la seconde est sérieuse, plus factuelle. Elles se complètent au contraire plutôt bien et participent toutes deux au lien social.

Avait-on besoin d’un nouveau disque de Coldplay ? Non, mais cela nous permet d’en parler, de le critiquer, et donc de se définir par rapport au disque de Coldplay. N’en déplaise aux intellectuels bien-pensants, le monde a besoin de musique de merde pour avancer et savoir ce qu’il veut. En ce sens, dire que s’intéresser à la presse people est un échec, c’est partir du postulat que la vie des célébrités est insignifiante et vaine quand en réalité elle peut être profonde et spirituelle.

Un élément important de la culture contemporaine

De façon plus globale, on peut s’interroger sur l’importance des starlettes dans les magazines people. Pourquoi leur déchéance est-elle plus fascinante ? Qu’est-ce que cela implique ? Quand est-ce qu’un sujet de philo portera là-dessus au bac ?

Autrement dit, les intellectuels bien-pensants ont deux possibilités: (a) rejeter un élément important de la culture contemporaine, ou (b) l’apprivoiser. Si l’on prétend être finaud, mieux vaut s’adapter au monde qui nous entoure et essayer de l’analyser au lieu de faire comme si cela n’avait pas d’importance. On peut aussi écrire plus subtilement dessus comme l’a fait Florent Pagny, mais je doute que cela serve à grand-chose.

Comme à peu près toutes les branches, l’industrie people comporte aussi son lot de méthodes douteuses et d’éthique du dimanche. Les arguments développés par les photographes dans l’excellent documentaire HBO, « Teenage Paparazzo », en sont une belle illustration (en gros : « les célébrités ont choisi ce métier, elles sont au courant des aléas du succès »). Certaines règles sont amusantes à transgresser, mais le harcèlement n’en fait pas partie. Encore une fois, toute la presse people ne se ressemble pas. Quant aux cons, ma foi, si la presse people ne leur fait pas de bien, elle ne leur fera pas grand mal non plus.

Source : Le Nouvel Obs

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